TD Securities anticipe un raffermissement de l’IPC canadien en mai, avec une inflation totale attendue à 3,1% sur un an et 0,8% sur un mois. Ce scénario table sur une nouvelle forte hausse des produits énergétiques, conjuguée à des effets saisonniers favorables, tandis que les biens hors énergie devraient accélérer modestement par rapport à avril et que les composantes liées aux voyages sont attendues en rebond partiel, contribuant à la progression du chiffre global.
Les mesures d’inflation sous-jacente privilégiées par la banque sont, elles, projetées inchangées: l’IPC-tronqué (CPI-trim) et l’IPC-médian (CPI-median) resteraient respectivement à 2,0% et 2,1%, après un ralentissement cumulé de 0,4 point de pourcentage au cours des trois derniers mois. Dans cette lecture, l’inflation sous-jacente demeurerait alignée sur les projections de la Banque du Canada présentées dans le Rapport sur la politique monétaire (MPR) d’avril, même si les prix de l’énergie suivent une trajectoire plus élevée.
Réaction des marchés face à la divergence entre inflation totale et inflation sous-jacente
À la lumière des données d’inflation de mai, nous anticipons un IPC total à 3,1% en glissement annuel, principalement du fait d’un bond des prix de l’énergie. Le brut WTI s’échange de manière tenace au-dessus de 85 dollars le baril depuis un mois, ce qui alimente directement cette hausse. Ce chiffre se situe en dehors de la fourchette 1%-3% privilégiée par la Banque du Canada et devrait générer du bruit sur les marchés.
Nous mettons toutefois l’accent sur la stabilité des mesures d’inflation sous-jacente, qui se maintiennent autour de 2,1%. C’est, selon nous, le signal clé, car il suggère que les pressions de prix de fond restent contenues et conformes à la propre trajectoire de la Banque du Canada. Historiquement, l’institution a souvent «regardé au-delà» des poussées temporaires tirées par l’énergie lorsque les indicateurs sous-jacents restent bien orientés.
Cette dissociation entre une inflation totale élevée et une sous-jacente stable implique, selon nous, que la Banque du Canada devrait rester patiente et maintenir son taux directeur lors de la prochaine réunion. Les commentaires récents du gouverneur ont souligné l’attachement à une approche dépendante des données, en insistant notamment sur la nécessité d’observer une dynamique durable de l’IPC sous-jacent avant d’agir. Nous n’anticipons donc pas de virage restrictif (hawkish) dans les semaines à venir.
Implications pour les taux, la stratégie de change et les principaux risques
Sur le plan de la stratégie, nous voyons une opportunité sur les marchés de taux, dans la mesure où certains acteurs pourraient sur-réagir au chiffre de 3,1% et intégrer à tort la perspective d’un relèvement des taux. Nous chercherons à initier des positions profitant d’une stabilisation des taux, par exemple via des swaps receveurs (receiver) ou l’achat d’options sur les contrats à terme BAX. Il s’agit de parier sur un reflux de la crainte initiale du marché à mesure que les chiffres de sous-jacente, stables, seront digérés.
Sur le marché des changes, cette patience de politique monétaire pourrait peser sur le dollar canadien, d’autant que les dernières statistiques américaines sur l’emploi ont fait état d’une hausse inattendue de 210.000 créations de postes, maintenant la Réserve fédérale sur une trajectoire plus restrictive. Nous envisagerons de recourir à des options afin de nous positionner sur une hausse modeste de l’USD/CAD vers 1,38. La divergence de politique monétaire entre une Banque du Canada patiente et une Fed vigilante plaide pour un dollar américain plus ferme.
Le principal risque pour ce scénario serait une progression des salaires supérieure aux attentes dans la prochaine Enquête sur la population active (juin), susceptible de se transmettre à l’inflation sous-jacente. Nous suivrons de près cette publication début juillet. Tout signe d’accélération des tensions salariales nous conduirait à réévaluer notre lecture de la «patience» de la Banque du Canada.