TD Securities s’attend à ce que la Banque du Canada laisse inchangé le taux cible du financement à un jour à 2,25 % lors de sa réunion de juin, puis le maintienne à ce niveau jusqu’en 2026, même si les données canadiennes s’assouplissent. Le message de l’institution devrait rester globalement cohérent avec celui de la réunion précédente, en arbitrant entre l’affaiblissement des conditions domestiques et le risque de pressions inflationnistes plus larges, tout en considérant la hausse des prix du pétrole comme un facteur de court terme.
TD prévoit que l’inflation culminera autour de 3 % au T2, un niveau jugé supérieur aux projections du Rapport sur la politique monétaire d’avril de la BdC. La banque estime que des anticipations bien ancrées, un recul de la diffusion de l’inflation et une dynamique modérée de l’inflation sous-jacente plaident pour un statu quo prolongé, même si la BdC devrait continuer d’évoquer, dans ses indications, la possibilité de hausses de taux consécutives. La trajectoire de TD pointe ensuite vers un retour graduel vers le taux neutre à 2,75 % l’an prochain, avec des relèvements de 25 pdb envisagés en janvier et en mars.
Volatilité des taux et stratégies sur dérivés canadiens
Étant donné que la Banque du Canada signale une période prolongée de statu quo à 2,25 %, nous pensons que la volatilité des taux restera contenue pour le reste de l’année. Cet environnement de politique monétaire stable suggère que les stratégies sur dérivés misant sur de forts mouvements de taux à court terme ont peu de chances d’être rentables. Nous privilégions un contexte favorable aux stratégies bénéficiant d’une faible volatilité et d’une évolution en range sur le marché obligataire canadien.
Cette lecture est étayée par des données récentes indiquant un essoufflement de l’économie domestique. Le rapport sur l’emploi de la semaine dernière a montré un léger relèvement du taux de chômage à 6,3 %, tandis que la dernière publication de l’IPC de mai s’est établie à 2,9 %. Ces chiffres confortent l’idée que l’inflation sous-jacente est suffisamment modérée pour permettre à la Banque de tolérer des niveaux légèrement plus élevés en inflation globale.
Pour les traders de dérivés, cela plaide en faveur de la vente d’options afin d’encaisser des primes sur des instruments comme les contrats à terme sur acceptations bancaires canadiennes à trois mois (BAX). Avec une banque centrale en retrait, les échéances les plus proches devraient rester ancrées, ce qui favorise l’érosion temporelle (theta) au bénéfice des vendeurs d’options. Le principal risque pour cette stratégie serait un choc inflationniste soudain et inattendu, contraignant la Banque à agir.
Risques externes, parallèles historiques et dollar canadien
Il convient de rester attentif aux risques externes, en particulier aux prix de l’énergie. Alors que le WTI s’échange actuellement au-dessus de 95 dollars le baril, le risque existe que ces coûts se transmettent à l’inflation sous-jacente et modifient la posture patiente de la Banque. Dans ce contexte, l’achat d’options d’achat hors de la monnaie (out-of-the-money) peu coûteuses sur de futures hausses de taux peut constituer une couverture utile face à ce scénario.
Un retour sur la période 2015-2017 offre un parallèle pertinent : la Banque du Canada avait maintenu ses taux inchangés pendant une période prolongée avant de basculer abruptement vers un cycle de resserrement. Ce précédent historique rappelle que, si le scénario central demeure la stabilité, le sentiment peut évoluer rapidement. Il faut donc se préparer à un pivot soudain de la communication de la banque centrale plus tard dans l’année.
La pause prolongée des taux au Canada, contrastant avec des niveaux potentiellement plus élevés ailleurs, pourrait également peser sur le dollar canadien. Si la Réserve fédérale américaine conserve un ton restrictif, l’élargissement du différentiel de taux devrait accentuer la pression baissière sur le CAD face au USD. Nous estimons que l’utilisation d’options d’achat USD/CAD constitue une manière efficace, à risque limité, de se positionner sur une possible faiblesse du huard dans les mois à venir.