Yannis Stournaras, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) et gouverneur de la Banque de Grèce, a déclaré dans une interview réalisée mercredi et publiée durant la séance européenne de jeudi que le contexte actuel appelle un ajustement prudent vers une politique restrictive, rendant une hausse des taux en juin très probable. Il a également indiqué que la BCE cherche à empêcher les effets de second tour tout en évitant de nuire excessivement à l’activité économique.
L’euro a peu réagi dans l’immédiat. L’EUR/USD cédait en dernier lieu 0,13 % autour de 1,1610, après avoir effacé l’essentiel de ses pertes précédentes. La BCE, basée à Francfort, fixe les taux d’intérêt de la zone euro et vise une inflation proche de 2 %, le Conseil des gouverneurs se réunissant huit fois par an. Elle peut recourir à l’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing, QE), en achetant des obligations souveraines ou d’entreprises en créant des euros, une démarche utilisée en 2009–2011, en 2015 et durant la pandémie de Covid ; le resserrement quantitatif (Quantitative Tightening, QT) inverse le QE en interrompant les achats et les réinvestissements, un processus qui tend à soutenir l’euro.
Tournant de politique de la BCE et contexte économique
Nous observons désormais un signal clair de la Banque centrale européenne : une hausse des taux en juin est très probable. Ce changement d’orientation vise à contenir l’inflation sans casser l’activité économique. Il convient d’ajuster nos positions à ce nouvel environnement plus restrictif.
Avec une inflation de la zone euro qui reste tenace à 2,4 % selon l’estimation flash d’avril, la préoccupation de la BCE pour la stabilité des prix est justifiée. Les dernières données d’Eurostat montrent également un chômage bas à 6,4 %, ce qui donne à la banque centrale une marge de manœuvre pour durcir sa politique. Ces statistiques renforcent d’autant la crédibilité d’un « ajustement prudent ».
Impact de marché, volatilité et implications de trading
Cela accroît la volatilité attendue sur l’euro dans les semaines à venir, ce qui influencera directement la tarification des options. Nous devons anticiper des primes plus élevées sur les options EUR à court terme, le marché intégrant l’incertitude sur l’ampleur de la hausse et la trajectoire à venir. C’est le moment de revoir avec attention nos positions vendeuses de volatilité.
Nous anticipons que ce virage soutiendra l’euro, avec un potentiel de hausse de la paire EUR/USD depuis son niveau actuel autour de 1,0850. Les intervenants sur dérivés pourraient envisager l’achat d’options d’achat (calls) sur l’euro afin de tirer parti de ce mouvement haussier attendu. L’enjeu clé sera de caler le point d’entrée avant que l’anticipation ne soit pleinement intégrée par l’ensemble du marché.
Avec le recul, le début du cycle de hausses de 2022 offre un modèle utile de ce qui pourrait se produire. Sur cette période, les rendements à court terme ont fortement progressé et l’euro a connu des fluctuations marquées. Il faut s’attendre à une revalorisation similaire des swaps de taux courts et des contrats à terme au cours des prochaines semaines.
L’objectif de la banque centrale d’éviter des « dommages excessifs » suggère une approche graduelle, probablement en commençant par une hausse de 25 points de base. Cela signifie que, si les rendements obligataires devraient monter, le mouvement pourrait ne pas être assez violent pour pénaliser sévèrement les marchés actions. Nous pouvons nous en servir pour structurer des stratégies qui misent sur une remontée des taux, tout en gardant une vision limitée sur l’ampleur de la hausse à court terme.