Le PIB australien du T1 a progressé de 0,3 % t/t, conformément à la prévision implicite de la Reserve Bank of Australia (RBA), tandis que sa composition a mis en évidence une faiblesse de la demande sous-jacente. La demande privée a contribué à hauteur de 0,95 point de pourcentage, mais 0,69 point de pourcentage de cette hausse provenaient de l’investissement privé lié au déploiement des centres de données, qui a également constitué la plus forte contribution de l’investissement privé au PIB depuis le T1 2021. La productivité a reculé de -0,6 % t/t au T1, alimentant les inquiétudes sur la qualité de la croissance.
La consommation publique a diminué après la fin de la subvention publique sur l’électricité, un effet estimé à -0,3 point de pourcentage sur la consommation publique et qui, mécaniquement, a relevé la consommation privée trimestrielle du même montant. Sur cette base, en excluant la subvention, la contribution de la consommation privée au PIB aurait été nulle. À l’avenir, l’indice PMI composite de S&P Global pour mai pointe des risques baissiers pour la croissance du PIB au T2, tout en suggérant des risques haussiers pour la prévision de la Banque d’une inflation sous-jacente (trimmed mean) à 1 % t/t au T2.
Défis de croissance dans un contexte de faiblesse des dépenses des ménages
La faiblesse sous-jacente de l’économie australienne, en particulier au niveau des dépenses des ménages, demeure notre principale préoccupation. Les derniers chiffres du PIB pour le premier trimestre 2026 ont confirmé cette tendance, avec une croissance de seulement 0,2 % en glissement trimestriel et une consommation quasiment stagnante. Cela prolonge un schéma où l’activité est soutenue par des projets spécifiques, comme les investissements dans les centres de données, plutôt que par une demande généralisée.
Cette croissance atone contraste fortement avec une inflation obstinément élevée, qui maintient la RBA en position d’attente. Le dernier chiffre trimestriel de l’IPC pour le T1 2026 s’est établi à 3,8 % en glissement annuel, encore largement en dehors de la fourchette cible. L’indicateur mensuel de l’IPC pour avril a également montré une légère remontée à 3,7 %, décevant les attentes d’une baisse régulière.
Implications de marché et perspectives de politique monétaire de la RBA
Avec un taux directeur maintenu à 4,35 % depuis plusieurs mois, le marché hésite entre intégrer des baisses en raison de la faiblesse de la croissance et s’abstenir en raison de la persistance de l’inflation. La RBA n’a envoyé aucun signal clair indiquant qu’elle est prête à assouplir sa politique, créant une incertitude significative sur le calendrier du prochain mouvement. Cela a entraîné une volatilité accrue sur les marchés de taux à court terme.
Dans ce contexte, nous nous positionnons pour un statu quo restrictif (« hawkish hold ») de la RBA tout au long de l’hiver. Nous voyons de la valeur dans des produits dérivés qui bénéficient d’un report, par le marché, de son calendrier de baisses de taux. Concrètement, nous envisageons de payer du fixe sur des swaps de taux d’intérêt à court terme afin de se positionner sur des taux directeurs plus élevés plus longtemps.
Les contrats futures sur obligations australiennes à trois ans constituent un instrument clé à surveiller, car ils sont sensibles aux ajustements des anticipations sur le taux directeur. Début juin 2026, le contrat à terme suggère une trajectoire plus accommodante que celle que nous anticipons. Nous estimons que vendre ces futures, ou acheter des options de vente (puts) dessus, offre un moyen convaincant d’exprimer notre scénario selon lequel la RBA restera ferme.
La situation rappelle des cycles passés où la banque centrale a maintenu une position restrictive au cœur d’un ralentissement afin de s’assurer que l’inflation soit vaincue. Historiquement, ces périodes s’accompagnent d’un aplatissement de la courbe des taux, les taux courts restant ancrés par la politique monétaire tandis que les taux longs reculent sous l’effet d’anticipations de croissance plus faibles. Cela étaye notre vue selon laquelle le segment court de la courbe est mal pricé pour les prochaines semaines.