Le membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Gabriel Makhlouf, a déclaré vendredi que la Banque centrale européenne devait agir rapidement en matière de politique monétaire afin de garder une longueur d’avance sur les pressions inflationnistes, les hausses de prix devenant plus généralisées. Il a ajouté que l’inaction constituerait une erreur de politique, selon des propos rapportés en séance européenne.
Les marchés ont peu réagi. Pendant les heures de cotation en Europe, l’EUR/USD était décrit comme étant davantage guidé par le dollar américain que par les commentaires de la BCE, et la paire cédait 0,15% autour de 1,1560. La BCE, basée à Francfort, définit la politique monétaire de la zone euro avec un mandat de stabilité des prix visant une inflation proche de 2%, principalement via les taux d’intérêt. Le Conseil des gouverneurs se réunit huit fois par an et comprend les gouverneurs des banques centrales nationales ainsi que six membres permanents, dont la présidente Christine Lagarde. En période de conditions extrêmes, l’institution peut recourir à l’assouplissement quantitatif (QE), utilisé en 2009-2011, de nouveau en 2015, puis pendant la pandémie de Covid, tandis que le resserrement quantitatif (QT) inverse le QE en interrompant les nouveaux achats d’obligations et en mettant fin au réinvestissement du principal arrivant à échéance.
Signaux hawkish et réaction du marché
Nous observons des commentaires hawkish au sein de la BCE, suggérant la nécessité d’agir rapidement avant que l’inflation ne s’accélère davantage. Les dernières données d’inflation de la zone euro pour mai 2026 ont montré une hausse préoccupante à 2,7%, contre 2,5% le mois précédent. Cela remet en cause l’idée du marché selon laquelle la BCE poursuivrait prudemment son cycle de baisse des taux.
Au vu de ces signaux, nous estimons que le marché sous-évalue le risque d’une pause, voire d’un retournement de la politique de la BCE plus tard dans l’année. Les dérivés de taux d’intérêt, qui indiquent actuellement au moins une baisse de taux supplémentaire d’ici la fin de l’année, semblent mal valorisés. Nous ajustons donc nos positions sur les futures Euribor afin de refléter une probabilité plus élevée que le taux de dépôt actuel de 3,25% constitue, pour l’instant, un plancher.
Stratégies de volatilité et implications de politique monétaire
Cette divergence croissante entre la valorisation du marché et la rhétorique des banquiers centraux devrait accroître la volatilité des devises. Nous examinons le marché des options, où la volatilité implicite de l’EUR/USD est restée relativement faible. Nous y voyons une opportunité d’acheter de la volatilité, par exemple via des straddles, afin de se positionner sur un mouvement brusque de l’euro depuis son niveau actuel d’environ 1,0850.
Historiquement, les banques centrales qui prennent du retard sur l’inflation sont contraintes d’agir plus agressivement par la suite. Il suffit de revenir à la période 2021-2022, lorsque le narratif d’une inflation « transitoire » a conduit à un cycle de relèvement des taux tardif mais très marqué. Il ne faut pas écarter la possibilité d’un pivot comparable de la BCE si les données continuent de surprendre à la hausse.
En conséquence, dans les semaines à venir, nous nous positionnons en faveur d’un euro plus fort en achetant des options d’achat EUR/USD hors de la monnaie, avec des échéances au troisième trimestre. Cela constitue un moyen peu coûteux de profiter d’un durcissement du ton de la BCE si celle-ci est contrainte d’adopter une posture plus hawkish. Le risque de ne rien faire face à la remontée de l’inflation devient trop important pour être ignoré.