L’indice de l’emploi dans les services de l’ISM américain a légèrement reculé à 47,9 en mai, contre 48 précédemment, signalant une poursuite de la contraction des embauches dans le secteur des services. Ce mouvement maintient l’indicateur sous le seuil de 50 qui sépare expansion et contraction, renforçant les signes d’une demande de main-d’œuvre atone dans les services.
Si la baisse de 48 à 47,9 est marginale, elle prolonge la série de l’indice en zone de contraction et suggère un affaiblissement des effectifs au sein des branches de services. Les marchés apprécieront cette publication à l’aune des autres indicateurs d’activité et des prochaines statistiques sur l’emploi, afin d’évaluer la solidité de la croissance américaine.
Poursuite du refroidissement du marché du travail et implications pour la politique de la Réserve fédérale
Nous interprétons les données ISM de mai sur l’emploi dans les services comme un signal net d’un refroidissement continu, quoique modéré, du marché du travail américain. Il s’agit du deuxième mois consécutif de contraction, ce qui confirme qu’il ne s’agit pas d’une anomalie, mais d’une dynamique qui commence à s’installer. Ce ralentissement dans le principal secteur de l’économie laisse penser qu’une décélération plus large est en train de se matérialiser.
Ce tassement du marché du travail renforce l’argument en faveur d’une posture plus accommodante de la Réserve fédérale lors de ses prochaines réunions. L’inflation sous-jacente (core CPI) s’étant récemment repliée à 3,1% selon la dernière publication, la Fed dispose désormais d’une marge de manœuvre accrue pour envisager une pause dans son resserrement. Nous pensons que le marché intégrera de plus en plus l’hypothèse d’une baisse de taux avant la fin de l’année, potentiellement dès septembre.
Stratégies de marché : positionnement sur les taux, les actions et la volatilité
Pour les intervenants sur les taux, cela rend plus convaincante une stratégie de positionnement en amont en faveur d’une baisse des rendements. Nous suggérons d’envisager l’achat de contrats à terme SOFR échéance décembre 2026, qui n’intègrent pas encore pleinement la possibilité d’un cycle d’assouplissement plus marqué. Cette donnée pourrait servir de catalyseur à un mouvement de baisse des rendements sur l’ensemble de la courbe.
Sur les marchés actions, cette faiblesse persistante du marché du travail constitue un vent contraire pour les bénéfices des entreprises et, plus généralement, pour le sentiment. Nous recommandons l’achat d’options de vente (puts) de protection sur le S&P 500, notamment avec des échéances fin juillet, afin de se couvrir contre un éventuel repli. Le risque d’un atterrissage brutal, sans être notre scénario central, s’est clairement accru à la faveur de ce rapport.
Cette incertitude macroéconomique est également susceptible de faire remonter la volatilité de marché depuis ses niveaux actuellement contenus. L’achat d’options d’achat (calls) sur l’indice VIX constitue un moyen peu coûteux de se positionner sur un possible regain d’aversion au risque, à mesure que les investisseurs réajustent leurs anticipations de croissance. Historiquement, les inflexions de tendance sur l’emploi figurent parmi les principaux déclencheurs de turbulences de marché.
Combiné au rapport de la semaine dernière faisant état d’un recul de 0,2% des dépenses de consommation, ce chiffre de l’ISM dresse un tableau cohérent. Tous les regards se tourneront désormais vers le rapport de vendredi sur les créations d’emplois non agricoles (Non-Farm Payrolls), pour lequel nous anticipons un chiffre inférieur au consensus de 160 000. Une nouvelle publication décevante conforterait le narratif d’un ralentissement de l’économie.