Le produit intérieur brut (PIB) de l’Irlande s’est contracté de 17,1% sur un an au premier trimestre, bien au-delà des attentes qui tablaient sur un recul de 6%. Ce chiffre suggère une contraction plus marquée que celle intégrée par les marchés, inversant la dynamique implicite des prévisions.
La publication du 1T fait apparaître un écart de 11,1 points de pourcentage par rapport au consensus. Les données montrent un PIB très inférieur aux niveaux anticipés sur la période, le chiffre « headline » s’inscrivant nettement en territoire négatif.
Choc de PIB : multinationales et volatilité statistique en cause
Le chiffre de PIB du premier trimestre, à -17,1%, constitue un choc significatif, très au-delà du consensus (-6%). Aussi inquiétant soit-il en apparence, nous estimons qu’il s’explique probablement par la nature atypique d’une économie irlandaise dominée par les multinationales, plutôt que par un effondrement réel de la demande domestique. Les transferts d’actifs de propriété intellectuelle opérés par une ou deux grandes entreprises technologiques ou pharmaceutiques peuvent provoquer ces variations massives.
Ce type de volatilité a déjà été observé, notamment avec la hausse de 26% du PIB en 2015, tout aussi déconnectée de l’économie irlandaise réelle. L’enjeu consiste à exploiter le sentiment induit par le chiffre, tout en gardant à l’esprit sa cause sous-jacente. Notre première réaction portera donc sur les sur-réactions de marché, largement prévisibles, dans les prochains jours.
Stratégies de trading et de marché en réponse
Pour notre desk de change, nous y voyons une opportunité de se positionner sur une faiblesse de court terme de l’euro, en particulier face à la livre sterling (EUR/GBP) compte tenu des liens économiques étroits. Nous chercherons à constituer une position via des options de vente (puts) sur la paire EUR/USD, les algorithmes internationaux étant susceptibles de vendre l’euro à la suite de cette publication. Une cassure sous le seuil de 1,06 dans les prochaines semaines nous paraît très probable.
Du côté actions, l’Irish Stock Exchange (ISEQ 20) constitue une cible immédiate. Nous serons vendeurs de contrats à terme (futures) sur l’ISEQ 20, le chiffre « headline » étant de nature à inquiéter des investisseurs peu familiers avec ces particularités statistiques. Nous anticipons que l’indice, qui évoluait autour de 8 900 points, teste des niveaux de support proches de 8 500.
Une surprise de cette ampleur accroît fortement la volatilité implicite, ce que nous pouvons mettre à profit. Nous achèterons des straddles sur les principales valeurs bancaires irlandaises, plus sensibles à la perception de la santé économique domestique que les multinationales. Cela permet de tirer parti d’un mouvement marqué dans un sens ou dans l’autre, au fur et à mesure que le marché digère l’information.
Enfin, nous anticipons un élargissement du spread entre les emprunts d’État irlandais et allemands à 10 ans. Si la Banque centrale européenne devrait vraisemblablement empêcher une crise ouverte, nous nous attendons à une remontée des rendements irlandais de 3,1% actuellement vers 3,5%, à mesure que le risque de crédit est revalorisé. La vente de futures sur la dette souveraine irlandaise constitue le moyen le plus direct de mettre en œuvre ce scénario.