Le ministère japonais des Finances et la Banque du Japon auraient dépensé plus de 60 Md$ en interventions fin avril et début mai, éloignant l’USD/JPY de 160,00 et le ramenant vers 156,00. Depuis, la paire s’est redressée régulièrement jusqu’aux environs de 159,50, effaçant environ 80 % de ce repli. L’écart de rendement demeure le moteur dominant, avec la Réserve fédérale dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % et la BoJ à 0,75 %, soit près de 300 points de base de portage en faveur du dollar. Les chiffres de l’IPC de Tokyo d’avril se sont assouplis, la mesure core-core ralentissant à 1,9 % en glissement annuel contre 2,3 % attendu, ce qui pèse sur le calendrier de relèvement des taux à court terme.
Sur le plan technique, l’USD/JPY repasse au-dessus de l’EMA 50 périodes vers 158,50, tandis que l’EMA 200 se situe proche de 155,50 ; le Stoch RSI journalier progresse sans entrer en zone de surachat. Les prochains catalyseurs sont le PCE core américain à 12h30 GMT, attendu à 0,3 % sur un mois et 3,3 % sur un an, puis l’IPC de Tokyo à 23h30 GMT, avec un consensus à 1,5 % sur un an pour l’indice global hors produits frais. Un franchissement de 160,00 remettrait au centre l’attention sur la réaction de Tokyo, tandis qu’un repli pourrait tester 158,50.
L’intervention du Japon et son impact limité
La Banque du Japon et le ministère des Finances se sont offert un peu de temps le mois dernier. Leur effort conjoint, d’un montant estimé à 9 000 milliards de yens, a repoussé l’USD/JPY hors de la zone sensible des 160,00, mais nous voilà déjà de retour près de 159,50. Nous observons des opérateurs de portage reconstruire patiemment les mêmes positions dont ils avaient été contraints de sortir, un schéma désormais bien connu.
La raison fondamentale de ce rebond n’a pas changé. Avec la Réserve fédérale maintenant ses taux autour de 4,25 % et la Banque du Japon à peine au-dessus de zéro à 0,25 %, l’écart de taux est considérable. Tant que cette équation ne bouge pas, toute intervention de Tokyo ne fait que gagner du temps, pas instaurer une nouvelle tendance pour le yen.
Sentiment de portage et perspectives
Le gouverneur Ueda marche sur un fil bien connu, et ce fil se tend. Les dernières données économiques ne l’aident pas : la dernière inflation sous-jacente à Tokyo pour avril 2026 est ressortie à un modeste 1,8 %, sous les attentes. Cette faiblesse rend très difficile la mise en œuvre des hausses de taux nécessaires pour soutenir réellement le yen.
Selon nous, cette configuration favorise des stratégies misant sur la solidité du dollar face au yen. Nous envisageons l’achat d’options d’achat (calls) USD/JPY avec des prix d’exercice au-dessus de 160,00 afin de se positionner sur une cassure. Le principal risque reste une nouvelle intervention, mais comme en 2022 et encore le mois dernier, ces effets se sont révélés temporaires.
Tous les regards se tournent vers les prochaines publications d’inflation au cours des deux semaines à venir. L’indice des prix PCE (Personal Consumption Expenditures) aux États-Unis sera déterminant ; la dernière lecture d’avril 2026 était tenace à 2,7 % sur un an, incitant la Fed à la prudence. Un nouveau chiffre ferme alimenterait le rallye du dollar et nous propulserait vraisemblablement au-delà de la barrière des 160,00.
Nous considérerons donc tout repli vers 158,00 comme une opportunité d’achat. Un franchissement net au-dessus de 160,00 signalerait le retour en pleine maîtrise des stratégies de portage, forçant une nouvelle fois la main de Tokyo. Seule une inflation américaine étonnamment faible, combinée à une inflation japonaise vigoureuse, pourrait réellement inverser cette trajectoire.