La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs de 25 points de base lors de sa réunion de politique monétaire de juin, décrivant dans le même temps une économie où l’industrie manufacturière a tenu bon et où la consommation est perçue comme un moteur de la croissance. L’investissement a été qualifié de soutenu par les pouvoirs publics, et la BCE a souligné le retour dans le positif du revenu net des travailleurs comme un facteur de soutien aux dépenses des ménages.
Sur les prix, la BCE a indiqué commencer à observer un élargissement de l’inflation et qu’elle surveillera l’ampleur et la persistance de toute hausse des prix de l’énergie. Elle prévoit un retour de l’inflation à l’objectif à l’automne 2027, tout en constatant une hausse des anticipations d’inflation à court terme, alors que les anticipations d’inflation à plus long terme restent globalement ancrées sur l’objectif. Sur la stabilité financière, la BCE a averti qu’une chute soudaine et marquée des prix des actifs ferait peser des risques.
Perspectives des taux et implications de politique monétaire
Le signal pour les prochaines semaines est que les taux d’intérêt à court terme resteront élevés plus longtemps que ce que le marché anticipait auparavant. Comme l’inflation n’est pas attendue au niveau cible avant l’automne 2027, nous considérons cette récente hausse de 25 points de base comme s’inscrivant dans une période prolongée de politique restrictive. Nous nous positionnons donc à la baisse sur les contrats à terme de taux de la partie courte de la courbe, celle-ci étant susceptible d’intégrer cette nouvelle réalité.
Cette posture restrictive se justifie au regard des données récentes montrant que l’inflation s’étend au-delà des seuls coûts de l’énergie. Les derniers chiffres de croissance des salaires dans la zone euro au T1 2026 se sont établis à un niveau toujours élevé de 4,9 %, alimentant directement l’inflation des services et soutenant la consommation. Cela contraste avec les données récentes aux États-Unis, où le refroidissement du marché du travail conduit la Fed à évoquer une possible pause, créant une divergence de politique monétaire susceptible de soutenir l’euro.
Réactions de marché et ajustements de stratégie
Dans ce contexte, nous anticipons une pression persistante sur les valorisations des actions européennes. L’avertissement relatif à un possible décrochage marqué des prix des actifs constitue un enseignement clé, les coûts d’emprunt plus élevés pesant sur les résultats des entreprises. Nous achetons des options de vente (puts) sur l’indice EURO STOXX 50 comme couverture directe contre cette vulnérabilité au cours du prochain mois.
L’économie sous-jacente paraît résiliente à ce stade, le dernier indice PMI manufacturier de la zone euro (HCOB) s’étant, à la surprise, maintenu en zone d’expansion à 50,8. Toutefois, cette résilience offre à la banque centrale davantage de marge pour poursuivre sa politique restrictive sans crainte immédiate de provoquer une récession profonde. Cela conforte notre opinion selon laquelle les stratégies sur produits dérivés doivent privilégier un scénario de taux plus élevés et de volatilité accrue, plutôt qu’un effondrement économique imminent.
Cet environnement de taux durablement élevés, qui rappelle la lutte contre l’inflation de 2022-2023, mettra inévitablement sous tension les bilans des entreprises. Nous nous attendons à un élargissement des spreads de crédit, en particulier pour les sociétés fortement exposées à une dette à taux variable. En conséquence, l’achat de protection via des indices de credit default swaps (CDS) constitue une stratégie prudente pour se prémunir contre la hausse du risque de défaut.