Le gouverneur de la Banque d’Espagne et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, José Luis Escrivá, a déclaré lundi que la banque centrale devait surveiller d’éventuels effets de second tour sur les salaires. Les pressions inflationnistes en zone euro se sont accélérées ces derniers mois, à mesure que la hausse des prix de l’énergie, liée aux conflits au Moyen-Orient, se transmet à l’économie. Dans des propos tenus la semaine dernière à Barcelone, Escrivá a indiqué que les coûts de l’énergie se diffusaient aux services et aux transports, renforçant la nécessité d’un examen attentif de la dynamique salariale.
L’euro a peu réagi immédiatement à ces commentaires. Au moment de la rédaction, l’EUR/USD reculait de 0,23 %, autour de 1,1445, un mouvement attribué à la surperformance du dollar américain plutôt qu’à une revalorisation directe des anticipations de marché liée aux propos sur les salaires et l’inflation.
Perspectives de politique monétaire de la BCE obscurcies par les pressions sur les salaires et les prix
Nous suivons de près les responsables de la Banque centrale européenne, qui signalent leur inquiétude face au risque que les salaires alimentent une inflation plus élevée. Cette focalisation sur les « effets de second tour » suggère que les prochaines décisions de taux dépendront fortement des données à venir sur les salaires et les prix. Cela entretient l’incertitude, car la trajectoire des taux est moins lisible qu’il y a quelques mois.
Les dernières données étayent cette prudence et lui donnent de la crédibilité. L’inflation en zone euro est remontée de façon inattendue à 2,6 % en mai, tandis que la progression des salaires négociés au premier trimestre a atteint un niveau très élevé de 4,7 %. Au vu de ces chiffres, nous estimons que la BCE hésitera à abaisser de nouveau ses taux rapidement, même après sa récente baisse.
Implications de marché et stratégies de trading dans un contexte de volatilité
Pour les traders sur dérivés, cela signifie que la volatilité des actifs libellés en euros pourrait s’accroître dans les prochaines semaines. Il convient d’envisager des stratégies susceptibles d’en tirer parti, comme l’achat d’options sur l’EUR/USD, l’incertitude sur la prochaine décision de la BCE étant de nature à faire monter la volatilité implicite. Le marché intègre actuellement de nouvelles baisses de taux cette année, une hypothèse qui pourrait s’avérer trop optimiste.
Cette situation place l’euro dans une position délicate face au dollar américain, qui s’échange actuellement autour de 1,07. Si la BCE signale une pause dans les baisses de taux tandis que la Réserve fédérale américaine continue de laisser entrevoir un assouplissement ultérieur, l’écart de taux pourrait jouer en faveur de l’euro. Nous nous positionnons en vue de la possibilité que la BCE adopte un ton plus restrictif que ne l’anticipe actuellement le marché.
Historiquement, des périodes de forte croissance des salaires combinée à l’inflation peuvent conduire à un cycle difficile pour les banques centrales, similaire à celui observé dans les années 1970. Même si l’ampleur est différente, la crainte sous-jacente d’une spirale prix-salaires est réelle et influencera la politique monétaire. Nous devons donc rester attentifs à toute nouvelle publication de chiffres d’inflation ou de salaires en provenance d’Europe.