Commerzbank a indiqué que la roupie indienne restait exposée aux chocs externes, les tensions au Moyen-Orient se traduisant par une hausse des coûts de l’énergie pour une économie dépendante du pétrole importé. La banque a cité l’affaiblissement des exportations et des risques commerciaux résiduels liés aux États-Unis, tout en soulignant la résilience de la demande intérieure et l’ampleur des réserves de change comme soutiens à court terme pour l’INR. La croissance a été annoncée à 7,7% en exercice 2025-2026, mais devrait ralentir autour de 6,5% en 2026-2027, alors que les prix du pétrole, l’incertitude géopolitique, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les risques liés aux droits de douane pèseraient sur l’activité.
El Niño a été identifié comme un facteur supplémentaire de risque baissier, le ministère des Sciences de la Terre estimant les pluies de mousson à environ 90% de la moyenne historique ; des précipitations plus faibles pourraient réduire les rendements agricoles et alimenter l’inflation alimentaire et énergétique via une demande accrue d’irrigation. Par ailleurs, la RBI et le gouvernement ont annoncé des mesures visant à renforcer la balance des paiements en encourageant les capitaux étrangers, notamment des exonérations fiscales pour les investissements étrangers en obligations d’État, un accès élargi à la dette souveraine, un dispositif subventionné de dépôts FCNR(B) et une facilité de swap de change à des conditions préférentielles pour les entreprises publiques. Ces mesures pourraient attirer 30 à 50 milliards de dollars d’entrées de capitaux au cours de l’année à venir.
Risques externes et vulnérabilité de la roupie
Nous estimons que la roupie indienne subit une pression significative du fait d’événements externes, en particulier les tensions au Moyen-Orient et l’arrivée du phénomène météorologique El Niño. Si la vigueur de la croissance domestique constitue un amortisseur, la dépendance du pays aux importations d’énergie rend la devise vulnérable. Cela laisse présager une période d’incertitude accrue pour la paire USD/INR dans les prochaines semaines.
Alors que le Brent s’échangeait récemment au-dessus de 95 dollars le baril, un plus haut de l’année, la pression sur la facture d’importation de l’Inde constitue, selon nous, un sujet de préoccupation majeur. Historiquement, les fortes hausses des prix du pétrole ont été corrélées à une dépréciation de la roupie, comme lors de la crise énergétique de 2022. Nous nous positionnons en vue de la possibilité que l’USD/INR, actuellement proche de 84,50, reteste ses plus hauts historiques si les coûts de l’énergie restent élevés.
À ces inquiétudes s’ajoute la confirmation, cette semaine, par le Département météorologique indien que les précipitations de mousson sont inférieures de 15% à la moyenne de longue période pour le début du mois de juin. Une mousson faible se traduit historiquement par une hausse de l’inflation alimentaire, ce qui pourrait compliquer les décisions de politique monétaire de la Banque de réserve de l’Inde. Cette évolution renforce l’argumentaire en faveur d’une roupie plus faible, dans la mesure où elle affecte à la fois l’inflation et la demande rurale.
Défenses de la banque centrale et réponses stratégiques
Il faut toutefois tenir compte de la capacité défensive substantielle de la RBI. À la semaine dernière, les réserves de change de l’Inde s’établissaient à environ 655 milliards de dollars, offrant à la banque centrale une puissance de feu importante pour intervenir et contenir une volatilité excessive. Nous nous attendons à ce que la RBI gère activement toute dépréciation marquée, créant une résistance à des niveaux plus élevés de l’USD/INR.
Compte tenu de cette confrontation entre pressions externes négatives et défenses solides de la banque centrale, nous pensons que la volatilité implicite des options sur l’USD/INR devrait augmenter. Les opérateurs devraient envisager des stratégies profitant d’amplitudes de prix plus importantes, le marché étant pris entre une tendance de dépréciation graduelle et la possibilité de retournements brusques induits par la politique économique. L’environnement actuel paraît moins propice à de simples paris directionnels.
Les nouvelles politiques du gouvernement visant à attirer 30 à 50 milliards de dollars d’entrées de capitaux étrangers ajoutent un niveau supplémentaire de soutien à la devise. Ces mesures, ciblant l’investissement étranger en dette publique, pourraient temporairement compenser une partie des vents contraires externes. Cela ouvre la possibilité que la roupie évolue dans une fourchette relativement définie, rendant pertinentes des stratégies de collecte de prime — telles que les strangles vendeurs — à évaluer.