L’inflation au Canada s’est accélérée en mai, faisant progresser l’indice des prix à la consommation (IPC) de 3,2 % sur un an, contre 2,8 % en avril, au-dessus des attentes ; les prix ont augmenté de 1,0 % sur le mois. La mesure fondamentale de la Banque du Canada (BdC) excluant l’alimentation et l’énergie a progressé de 2,2 % sur un an et de 0,6 % par rapport au mois précédent. S’agissant des autres indicateurs de la BdC, l’IPC « Common » est monté à 2,7 % contre 2,5 %, tandis que l’IPC « Trimmed » est resté à 2,0 % et l’IPC « Median » à 2,1 %. La BdC a indiqué que la hausse des prix de l’essence a porté l’indice global, mais l’IPC hors essence s’est également raffermi à 2,2 % sur un an, contre 2,0 %.
Sur les marchés, le dollar canadien s’est légèrement affaibli, poussant l’USD/CAD vers des plus hauts de 14 mois, près de 1,4200. Avant la publication, les prévisions tablaient sur un IPC de mai à 2,9 % sur un an et 0,7 % sur un mois, l’IPC de base étant attendu à 2,2 % contre 2,1 %. La BdC a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 10 juin, tandis que la valorisation de marché intégrait un peu plus de 22 points de base de durcissement d’ici la fin de l’année ; le rapport était attendu à 12h30 GMT. Les références techniques citées dans la couverture mentionnaient 1,4414 comme pic précédent, un support proche de la moyenne mobile simple (SMA) à 200 jours à 1,3820, ainsi qu’un RSI au-dessus de 86 et un ADX au-dessus de 44.
Implications pour la politique monétaire : de dovish à hawkish
Le bond inattendu de l’inflation en mai à 3,2 % modifie fondamentalement notre perspective pour les prochaines semaines. Cette accélération, d’autant plus marquée que les mesures sous-jacentes progressent elles aussi, signale que la tendance désinflationniste observée ces deux dernières années pourrait s’essouffler. Nous devons désormais remettre en cause le consensus de marché selon lequel la Banque du Canada suivait une trajectoire régulière d’assouplissement monétaire.
Au vu de ce rapport, la Banque du Canada, qui avait prudemment abaissé son taux directeur de 4,75 % à la mi-2024 jusqu’au niveau actuel de 2,25 %, se retrouve maintenant dans une impasse. Ces nouvelles données écartent quasiment la possibilité d’une nouvelle baisse de taux cet été et nous obligent à envisager que le prochain mouvement de politique monétaire puisse être une hausse. La valorisation de marché de plus de 22 points de base de resserrement d’ici la fin de l’année paraît désormais non seulement plausible, mais peut-être même insuffisante.
Réactions de marché et considérations stratégiques
Pour nos positions sur les taux, cela implique de passer d’un biais accommodant (dovish) à une posture neutre, voire restrictive (hawkish). Nous nous attendons à une remontée des rendements obligataires canadiens à mesure que le marché digère cette surprise inflationniste, en particulier sur la partie courte de la courbe. Toute stratégie de dérivés positionnée sur de nouvelles baisses de taux doit être réévaluée immédiatement, le risque s’étant déplacé vers un scénario de « plus haut plus longtemps ».
Sur le marché des changes, le fait que l’USD/CAD progresse vers 1,4200 malgré un chiffre d’inflation de ton restrictif est révélateur. Cela suggère qu’une aversion au risque plus généralisée ou une vigueur du dollar américain domine actuellement les anticipations de politique monétaire domestique. Nous devons donc nous attendre à une volatilité persistante, et l’utilisation d’options pour négocier cette incertitude pourrait s’avérer plus prudente qu’un pari directionnel simple sur le dollar canadien.
Nous surveillons également les prix du pétrole, le West Texas Intermediate (WTI) s’étant maintenu nettement au-dessus de 80 dollars le baril. Historiquement, des prix du pétrole plus élevés auraient constitué un soutien pour le dollar canadien, mais ils sont aussi un moteur principal de l’inflation globale qui pose désormais problème à la banque centrale. Il en résulte une dynamique complexe : un export clé du Canada alimente aussi le dilemme de politique économique interne.