Le Brent revient près de 80 dollars et le WTI autour de 77 dollars, après avoir effacé presque toute la prime de risque accumulée sur près de quatre mois depuis le début des combats, le 28 février. Le brut avait gagné plus de 45 %, avec des cargaisons de Brent daté au-delà de 120 dollars au pic, mais les prix ont reflué à mesure que le marché interprète le mémorandum d’entente (MoU) entre Washington et Téhéran comme un feu vert. Le Brent recule d’environ 8 % sur la semaine et évolue dans le bas des 80 dollars, tandis que les actions américaines inscrivent un record. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est présenté comme rouvert, mais les outils de suivi des pétroliers indiquent toujours que le chenal central reste fermé, avec environ 80 mines à neutraliser ; le trafic emprunte des routes latérales au nord et au sud, tandis que le Central Command américain (CENTCOM) ajuste les restrictions portuaires et les avis aux navigateurs.
Le MoU est un document bilatéral en 14 points signé à Versailles et à Téhéran, alors même que les foyers du conflit incluent le Liban, où Israël combat le Hezbollah. Les discussions techniques prévues en Suisse n’ont pas débuté après que l’Iran a retenu sa délégation, et le calendrier de 60 jours du MoU s’inscrit dans un contexte où la trêve au Liban a été conclue, rompue puis renouvelée au moins cinq fois depuis avril. Plus tôt en avril, le brut avait chuté d’environ 16 % en une seule séance sur l’annonce d’un cessez-le-feu, avant de repartir à la hausse après la reprise des frappes ; début mai, le Brent a grimpé de 6 % en une journée au-dessus de 110 dollars, le WTI a franchi 100 dollars et le Dow Jones a cédé plus de 500 points. Les autorités de Beyrouth ont déclaré 47 morts après ce qui a été décrit comme la deuxième journée la plus meurtrière d’Israël au Liban, tandis qu’une autre vague de frappes en avril aurait fait plus de 350 morts.
Volatilité, complaisance de marché et réalités de l’offre
Nous constatons que le marché a vendu la prime de guerre, les contrats à terme sur le Brent s’échangeant autour de 80 dollars. L’indice de volatilité du pétrole brut du CBOE (OVX) s’est effondré à un point bas de cinq mois, proche de 28, ce qui signifie que le prix des options est faible. Cela suggère que les opérateurs sont trop à l’aise avec le nouvel accord États-Unis–Iran.
Les réalités en mer ne corroborent pas ce calme. Des données de renseignement maritime de ce matin montrent que les transits de pétroliers à travers le détroit d’Ormuz demeurent inférieurs de 30 % à leur moyenne d’avant-conflit. Il ne s’agit pas d’un corridor d’approvisionnement normalisé ; c’est un passage contraint, géré par les Gardiens de la Révolution (IRGC), qui peuvent fermer le robinet à tout moment.
Cette complaisance rappelle fortement début avril, lorsqu’une annonce similaire de cessez-le-feu avait provoqué une chute de 16 % avant un violent retournement. Le dernier rapport de l’EIA a fait état d’une baisse surprise des stocks de brut de 4,2 millions de barils, signe que le marché sous-jacent est déjà tendu. Toute perturbation de l’offre aurait désormais un effet démultiplié sur les prix.
Risques persistants de conflit et stratégie
Le problème de fond demeure : cet accord a été signé par deux parties dans une guerre à trois. Des responsables israéliens ont été cités aujourd’hui, le 20 juin, indiquant que leur posture militaire au Liban n’a pas changé, contredisant directement l’esprit de l’accord. C’est un signal clair que le risque d’un regain de conflit reste extrêmement élevé.
Dans ce contexte, nous estimons qu’effacer le reliquat de risque de guerre à 80 dollars est une erreur. L’achat d’options d’achat bon marché, hors de la monnaie, à échéance août, apparaît comme une manière attractive de se positionner pour un rebond rapide des prix. L’histoire montre que des flambées géopolitiques, comme les attaques de drones de 2019 contre des installations saoudiennes, peuvent faire bondir les cours de plus de 15 % en une seule séance.
Les déclencheurs d’un retour vers 90, voire 100 dollars le baril pour le Brent, sont évidents et nombreux. Tout accrochage dans le détroit, un effondrement de la fragile trêve au Liban, ou une stratégie de temporisation de l’Iran sur les discussions nucléaires obligerait le marché à revaloriser immédiatement ce risque. Nous devrions profiter de cette période de faible volatilité pour construire une exposition longue, et non suivre le mouvement en supposant que la paix est acquise.