L’or (XAU/USD) s’échangeait près de 4 150 $ vendredi après avoir touché un plus bas d’une semaine à 4 121 $, tandis que les marchés évaluaient un protocole d’accord (MoU) de 60 jours entre les États-Unis et l’Iran, sur fond de discours restrictif (« hawkish ») de la Réserve fédérale. Un léger repli du dollar américain a contribué à limiter la baisse, mais le métal jaune restait parti pour une troisième semaine consécutive de repli et évoluait à près de 25 % sous son record historique. Les anticipations de taux se sont raffermies : l’outil CME FedWatch indique une probabilité de 70 % d’un relèvement dès septembre, tandis que près de la moitié des membres du FOMC ont signalé au moins une hausse d’ici la fin de l’année lors de la réunion de juin. Le scénario de taux « plus élevés plus longtemps » est renforcé par une inflation à 4,2 % en mai, contre l’objectif de 2 % de la Fed, les gains du pétrole étant cités comme facteur de soutien, et le président de la Fed, Kevin Warsh, réaffirmant le cap des 2 %.
La demande physique s’est également affaiblie, les importations d’or de l’Inde ayant chuté de près de 70 % après le relèvement le mois dernier des droits d’importation à 15 %, contre 6 % auparavant. La géopolitique a aussi pesé sur le ton du marché : la Maison-Blanche a indiqué que JD Vance avait reporté un déplacement en Suisse lié aux discussions avec l’Iran, tandis que le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que le MoU avait déjà été signé numériquement ; Reuters a également fait état d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, citant un haut responsable américain. Sur le plan technique, le XAU/USD évolue sous la bande médiane des bandes de Bollinger (SMA) à 4 357 $, avec un RSI autour de 35 et un ADX au milieu des 30 ; les résistances se situent vers 4 356 $ et 4 636 $, tandis que des supports sont identifiés à 4 150 $ et 4 077 $. Les achats des banques centrales demeurent un thème de fond, les données du World Gold Council faisant état d’achats de 1 136 tonnes, pour environ 70 milliards de dollars, en 2022.
Politique de taux et risques d’inflation
Nous estimons que l’engagement de la Réserve fédérale à maintenir des taux élevés constitue le principal moteur à ce stade. La probabilité croissante d’une hausse en septembre suggère une pression supplémentaire sur les cours de l’or dans les prochaines semaines. Cet environnement rappelle 2022, lorsque la remontée rapide des taux par la Fed avait entraîné une baisse de l’or de plus de 20 % entre son sommet de mars et son point bas de novembre.
Avec une inflation annoncée à 4,2 %, soit deux points au-dessus de l’objectif de la Fed, nous anticipons une poursuite de la hausse des rendements réels, ce qui rend l’or — actif sans rendement — moins attractif. Historiquement, l’or a eu du mal lorsque les rendements réels deviennent nettement positifs, un facteur clé durant le cycle de hausses de taux de 2022-2023. Cette pression fondamentale devrait orienter nos stratégies de trading en défaveur des positions acheteuses.
Impact de la géopolitique et stratégies de trading
L’apaisement des tensions géopolitiques, en particulier l’accord de paix États-Unis–Iran et le cessez-le-feu Israël–Hezbollah, réduit la prime de valeur refuge qui soutenait l’or. Cette désescalade signifie que nous ne pouvons pas compter sur des achats motivés par une crise pour compenser l’impact négatif de la politique monétaire. Nous intégrons désormais la disparition du risque de guerre qui maintenait auparavant les prix au-dessus de 4 300 $.
Compte tenu de notre biais baissier, nous envisageons d’acheter des options de vente (puts) afin de profiter d’un possible repli vers le support de 4 077 $ mentionné dans l’analyse technique. La vente d’options d’achat (calls) hors de la monnaie ou la mise en place de spreads de calls baissiers (bear call spreads) peuvent également constituer des stratégies pertinentes pour encaisser une prime tout en misant sur un potentiel de hausse limité. Ces positions permettent de définir le risque dans un marché potentiellement volatil.
Nous devons garder à l’esprit que des achats soutenus des banques centrales offrent un plancher de long terme aux prix de l’or. Le World Gold Council fait régulièrement état d’achats solides du secteur officiel, avec plus de 1 000 tonnes acquises en 2022 comme en 2023. En conséquence, nous gérerons activement nos positions vendeuses et resterons prudents afin de ne pas devenir excessivement baissiers si les prix s’approchent du seuil psychologique des 4 000 $.