Le rapport de stratégie FX de Rabobank indique que l’euro a été un moteur important de la hausse de l’EUR/USD l’an dernier, aux côtés de l’affaiblissement bien documenté du dollar. La banque relie ce mouvement à l’assouplissement par l’Allemagne de son frein à l’endettement, qui a amélioré les anticipations de croissance en Europe et contribué à propulser la monnaie unique à la hausse.
La banque anticipe désormais un refroidissement des perspectives européennes, les effets inflationnistes liés à la fermeture du détroit d’Ormuz pesant sur l’activité, et souligne le risque que les prévisions de croissance de la BCE soient révisées à la baisse lors du prochain exercice. Si l’euro a bénéficié d’un certain soutien ces derniers mois grâce aux attentes d’une hausse de taux de la BCE, Rabobank estime que ces hypothèses sont déjà intégrées dans les cours. Elle continue de voir une marge pour un rebond de court terme de l’EUR/USD, mais maintient des projections inférieures au consensus, avec un objectif à trois mois de 1,16.
Chocs sur les prix de l’énergie et affaiblissement de la force de l’euro
Nous estimons que la vigueur passée de l’euro s’estompe à mesure que les perspectives de croissance de l’Europe se dégradent. Le choc inflationniste provoqué par les récents événements dans le détroit d’Ormuz crée des vents contraires significatifs pour l’économie. Cette pression rend probable que la Banque centrale européenne soit bientôt contrainte d’abaisser ses prévisions de croissance.
L’impact est déjà visible sur les marchés de l’énergie, ce qui affecte directement l’industrie européenne et les ménages. Les prix du Brent ont bondi de plus de 15 % au cours du dernier trimestre, s’échangeant désormais autour de 95 dollars le baril, et cela se répercute sur la hausse des coûts de production. Des données récentes montrent que l’inflation des prix à la production en zone euro a progressé de 1,1 % le mois dernier, une tendance qui va rogner les marges des entreprises et la consommation des ménages.
Divergence de politique monétaire et perspectives sur l’EUR/USD
Les indicateurs de confiance envoient également des signaux d’alerte sur le ralentissement économique. L’indice ZEW du sentiment économique en Allemagne, un indicateur avancé clé, a enregistré ce mois-ci un repli inattendu à 41,5, suggérant que les investisseurs se préparent à des conditions plus difficiles. Cela concorde avec notre analyse selon laquelle les projections actuelles de croissance de la BCE sont trop optimistes et qu’une révision à la baisse est imminente.
Si les anticipations d’une hausse de taux de la BCE ont soutenu l’euro, elles sont désormais largement intégrées par le marché. À l’inverse, les États-Unis viennent de publier un nouveau chiffre solide sur l’emploi, avec 265 000 créations d’emplois dans le rapport sur les non-farm payrolls, offrant à la Réserve fédérale davantage de latitude pour maintenir sa politique actuelle. Cette divergence de politique monétaire devrait exercer une pression baissière sur la paire EUR/USD.
Au vu de ces perspectives, nous voyons des opportunités de positionnement en faveur d’un euro plus faible au cours du prochain trimestre. Les opérateurs de produits dérivés devraient envisager l’achat d’options de vente (puts) sur l’EUR/USD avec des échéances septembre 2026 afin de tirer parti d’un mouvement potentiel vers notre prévision de 1,16. Cette stratégie offre un profil de risque défini pour profiter du recul attendu de la paire de devises.
Nous avons déjà observé cette dynamique, notamment lors de la crise énergétique de 2022 en Europe. Le pic d’inflation qui en a résulté et les craintes d’une récession profonde avaient fait passer l’EUR/USD sous la parité pour la première fois en deux décennies. Ce précédent historique montre à quelle vitesse le sentiment peut se retourner contre l’euro face à un choc énergétique sévère.