Les stratégistes de BNP Paribas estiment que l’Europe fait l’objet d’une réévaluation en tant que valeur refuge, l’euro étant de plus en plus traité comme un actif refuge mondial lors des épisodes de turbulences de marché. La banque met en avant des travaux de la Banque centrale européenne indiquant une demande plus forte pour les actifs libellés en euros, ainsi qu’une hausse du « convenience yield » sur les Bunds allemands, qui se répercute sur les conditions de financement plus larges de la zone euro.
Les stratégistes citent également la résilience industrielle de l’Europe, la solidité des services et l’élan de la technologie, ainsi qu’une amélioration du contexte politique et géopolitique. Ils ajoutent que le « convenience yield » sur les Bunds allemands a été multiplié par trois, passant de 30 pdb à 90 sur la période 2023–25, et soutiennent que, puisque les autres obligations souveraines et privées en euros sont pricées par rapport aux Bunds, ce mouvement améliore les conditions de financement dans l’ensemble de la zone euro.
Statut de valeur refuge de l’euro et positionnement de marché
Dans le contexte des récents soubresauts des marchés mondiaux, nous voyons l’Europe s’imposer comme un havre de stabilité, faisant de l’euro un actif de plus en plus attractif. La devise se comporte davantage comme une valeur refuge qu’auparavant, rompant avec sa tendance historique à baisser lors des phases de « risk-off ». Ce changement structurel suggère de revoir notre positionnement de portefeuille pour les semaines à venir.
Nous pensons que les traders devraient envisager d’acheter des options d’achat (calls) sur l’EUR/USD, en ciblant des échéances fin juillet et en août. Les tensions géopolitiques récentes en Asie ont entraîné des flux de capitaux vers les actifs européens, et pas seulement vers les Treasuries américains comme on l’attendrait traditionnellement. Les données de la première semaine de juin 2026 le confirment, avec une accélération des souscriptions sur les fonds libellés en euros, tandis que les fonds actions américains ont enregistré de légères sorties.
Contexte macroéconomique et fondamentaux de la zone euro
Le contexte économique étaye cette lecture, le dernier PMI composite S&P Global de la zone euro pour mai s’étant maintenu à un niveau robuste de 53,5, porté par les services. À l’inverse, les données américaines récentes ont été plus faibles, avec une légère hausse des demandes d’allocations chômage et un repli de la confiance des consommateurs. Cette divergence des fondamentaux renforce l’argument en faveur d’une vigueur relative de l’euro.
Par ailleurs, les différentiels de taux évoluent au bénéfice de l’euro. Alors que la Réserve fédérale laisse entrevoir un possible pivot accommodant plus tard cette année, la Banque centrale européenne a conservé une ligne stable, en invoquant une inflation sous-jacente maîtrisée. Cette divergence de politique monétaire réduit l’écart de rendement, rendant moins attractif le portage en dollars par rapport à l’euro.
Nous observons également que la prime des Bunds allemands par rapport aux autres dettes souveraines est restée élevée, reflétant leur forte demande en tant qu’actif refuge. L’écart entre les Bunds allemands à 10 ans et les Treasuries américains s’est resserré de plus de 15 points de base sur le seul dernier mois. Cette solidité sous-jacente du marché de la dette cœur en Europe fournit un socle robuste à l’ensemble de la zone euro.
La situation diffère sensiblement de la crise énergétique de 2022, lorsque l’euro s’était nettement affaibli. L’accélération de la transition verte en Europe et la diversification des sources d’énergie ont accru la résilience industrielle, rendant la région moins vulnérable aux chocs externes. Nous devrions donc anticiper un renforcement de l’euro lors des phases de stress de marché, plutôt qu’un affaiblissement.