Le real brésilien (BRL) a prolongé le rallye de l’an dernier sur les cinq premiers mois de l’année, se classant parmi les meilleures devises face à un panier de monnaies et ne cédant du terrain que récemment face à la couronne norvégienne. Les taux d’intérêt réels restent proches de deux chiffres, mais les anticipations d’un statu quo sur le taux directeur deviennent plus difficiles à soutenir à mesure que la relance budgétaire et le regain de pressions inflationnistes se renforcent, sur fond d’élection d’octobre de plus en plus polarisée.
Les arbitrages de politique monétaire à la Banco Central do Brasil (BCB) se durcissent : un resserrement, en théorie, compenserait une orientation budgétaire expansionniste, tandis que la pression intérieure en faveur de baisses de taux monte, compte tenu de coûts d’emprunt déjà élevés et de la proximité du scrutin. Dans ce contexte de risque budgétaire et d’incertitude sur les prochaines décisions de la BCB, l’USD/BRL est attendu en hausse dans les mois à venir, avant qu’un dollar américain (USD) plus faible et une clarification post-électorale n’apportent un répit plus tard dans l’année ; à plus long terme, les projections situent l’USD/BRL à 4,80 fin 2027.
Risques à court terme pour le real brésilien
Le real brésilien a figuré parmi les meilleures performances face à un panier de devises pendant la majeure partie de l’année, prolongeant sa trajectoire impressionnante. Toutefois, nous estimons que cette phase de vigueur touche à sa fin à court terme. La combinaison de vents contraires politiques et économiques devient trop significative pour être ignorée.
Nous voyons la montée des risques budgétaires comme une préoccupation majeure, le gouvernement ayant récemment relevé son objectif de déficit primaire 2026 à 0,8 % du PIB. Cette politique expansionniste intervient alors même que l’inflation montre des signes de réaccélération, la dernière publication de l’IPCA en mai s’étant établie à 4,3 % en glissement annuel. Ces éléments créent un environnement difficile pour la devise.
Cela place la banque centrale brésilienne dans une situation délicate, prise entre la pression politique visant à abaisser le taux Selic, à 10,0 %, et la nécessité de combattre l’inflation. Le compte rendu de la dernière réunion de politique monétaire a mis en évidence un comité divisé, signalant une forte incertitude quant à la trajectoire future des taux. Cette absence de cap clair est susceptible d’inquiéter les investisseurs dans les semaines à venir.
La pression est renforcée par l’élection présidentielle d’octobre, qui s’annonce extrêmement polarisée. Les récents sondages montrent que les principaux candidats sont au coude-à-coude, ce qui augmente la probabilité d’un second tour disputé et prolongera l’incertitude sur les marchés. Nous anticipons un affaiblissement du real à mesure que les investisseurs réduiront leur exposition à l’approche de ce risque politique.
Positionnement stratégique face à la volatilité politique et économique
Compte tenu de la matérialisation de ces risques, nous nous positionnons en faveur d’un taux de change USD/BRL plus élevé dans les mois précédant l’élection. Des stratégies sur dérivés, comme l’achat d’options d’achat (calls) sur l’USD/BRL, pourraient constituer un moyen efficace de tirer parti de la volatilité attendue et du mouvement directionnel. Nous considérons la vigueur actuelle comme une opportunité de constituer des positions en vue d’un retournement temporaire.
Ce schéma n’est pas sans précédent, une volatilité similaire et un affaiblissement du real ayant été observés dans les mois précédant l’élection de 2022. Si les taux réels demeurent élevés et attractifs, la combinaison des préoccupations budgétaires et du bruit électoral devrait dominer le sentiment à ce stade. Les perspectives de long terme peuvent être plus favorables, mais les prochains mois plaident pour un real plus faible.