L’EUR/USD a légèrement progressé autour de 1,1635 au début des échanges asiatiques mardi, se maintenant au-dessus de 1,1600, mais les gains ont été plafonnés par un regain de tensions géopolitiques. L’Iran a indiqué qu’il cesserait d’échanger des messages avec les États-Unis via des intermédiaires et passerait à la fermeture totale du détroit d’Ormuz, renforçant la perspective d’un mouvement « risk-off » généralement favorable au dollar. Les marchés attendent également plus tard mardi la première estimation de l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) de la zone euro.
À Washington, le président Donald Trump a déclaré avoir exhorté le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à ne pas engager un raid majeur sur Beyrouth, ajoutant que des troupes israéliennes avaient fait demi-tour, tandis que Netanyahou a indiqué que les opérations contre le Hezbollah dans le sud du Liban se poursuivraient. L’orientation plus restrictive (hawkish) de la Banque centrale européenne a toutefois apporté un certain soutien à l’euro, après que la membre du directoire Isabel Schnabel a averti que les effets inflationnistes liés au conflit avec l’Iran s’étaient étendus au-delà de l’énergie, accroissant le risque d’un désancrage des anticipations d’inflation. Plus largement, l’euro est utilisé par 20 pays de l’UE ; en 2022, il a représenté 31 % des transactions mondiales sur le marché des changes, avec un volume moyen quotidien supérieur à 2 200 milliards de dollars, tandis que l’EUR/USD représenterait environ 30 % de l’ensemble des échanges.
Forces concurrentes dans la dynamique de l’EUR/USD
Nous observons une paire EUR/USD prise entre deux forces puissantes, créant un environnement de marché complexe. D’un côté, la Banque centrale européenne signale une posture restrictive pour lutter contre l’inflation, ce qui devrait soutenir l’euro. De l’autre, l’escalade des tensions au Moyen-Orient renforce l’attrait du dollar en tant que valeur refuge.
La menace iranienne de fermer le détroit d’Ormuz constitue un moteur majeur pour les marchés, rappelant les chocs pétroliers des années 1970 qui ont conduit à une stagflation mondiale. Les contrats à terme sur le Brent ont déjà bondi de plus de 8 % sur les dernières 48 heures, franchissant 95 dollars le baril, un niveau inédit depuis fin 2025. La situation est compliquée par l’inflation propre à la zone euro : l’IPCH sous-jacent du mois dernier s’est établi à un niveau toujours élevé de 3,1 %, bien au-dessus de l’objectif de la BCE.
Gestion du risque et stratégie de marché
Ce bras de fer suggère que les paris directionnels « purs » sont risqués et qu’il vaut mieux se concentrer sur la volatilité. Nous envisageons d’acheter des straddles longs sur l’EUR/USD, une stratégie qui profite d’un mouvement de prix important dans un sens comme dans l’autre. Un événement géopolitique majeur pourrait faire chuter la paire, tandis qu’un chiffre d’inflation nettement supérieur aux attentes pourrait la propulser à la hausse.
Compte tenu du risque immédiat d’une fuite vers la sécurité, nous étudions également une protection à la baisse. L’achat d’options de vente (puts) hors de la monnaie, avec des échéances de trois à quatre semaines, offre un moyen relativement peu coûteux de se couvrir contre une baisse brutale. Nous identifions un risque significatif si la paire passe sous le seuil psychologique de 1,1500.
Nous suivrons de près les données flash des PMI pour l’Allemagne et la France attendues la troisième semaine de juin. Les dernières données de l’enquête ZEW sur le sentiment économique ont montré un repli des attentes, suggérant que des coûts énergétiques élevés pourraient déjà peser sur les principales économies européennes. Toute faiblesse supplémentaire compliquerait la capacité de la BCE à rester restrictive et pourrait mettre l’euro sous pression.
L’indice de volatilité Cboe EuroCurrency (EVZ) a déjà progressé à un plus haut de trois mois à 8,5, reflétant la nervosité croissante du marché. Nous anticipons une nouvelle hausse de cette volatilité implicite à mesure que ces récits opposés se déploieront. Cela conforte notre opinion selon laquelle il est prudent d’être acheteur de prime d’options dans les semaines à venir.