La Banque nationale de Pologne devrait maintenir son principal taux de référence à 3,75 % lors de la réunion du 2 juin, puis au-delà, après une publication d’inflation en mai plus faible que prévu qui a maintenu l’IPC dans la bande de tolérance de la banque centrale. L’objectif est de 2,5 %, avec une marge de ± 1 point de pourcentage, et les dernières données sur les prix ont réduit la probabilité d’un durcissement cette année, tandis que les décideurs évaluent comment un choc pétrolier pourrait se transmettre à l’inflation et à la croissance.
En mai, l’IPC global a ralenti à 3,1 % sur un an, contre un consensus de marché à 3,7 %, tandis que les prix alimentaires ont enregistré leur plus forte baisse en mai depuis la transition polonaise du début des années 1990. Les conditions préalables à une hausse des taux étaient formulées autour d’une inflation dépassant 3,5 % et de projections la maintenant à ce niveau, mais la dernière lecture repousse cet horizon : dans un scénario du pire, l’inflation ne dépasse pas 3,5 % avant le 4T26, et dans un scénario plus optimiste, cela pourrait ne pas se produire cette année ni l’an prochain. Les données d’avril ont également signalé un ralentissement de la progression des salaires, en parallèle d’une production industrielle et de ventes au détail plus faibles, ce qui plaide pour une pause prolongée jusqu’en 2027.
Perspectives de politique monétaire et positionnement de marché
Compte tenu de la baisse surprise de l’inflation polonaise à 3,1 % en mai, nous anticipons que la Banque nationale de Pologne maintiendra son taux directeur à 3,75 % lors de sa réunion de demain et pour l’avenir prévisible. Ce refroidissement inattendu des prix réduit fondamentalement les chances de toute hausse de taux cette année. Cela signifie qu’il convient de se positionner pour un environnement de politique monétaire plus stable, voire plus accommodant.
Les données économiques récentes confortent cette lecture, rendant l’argument en faveur d’un durcissement beaucoup moins convaincant. La croissance du PIB au premier trimestre s’est établie à un modeste 2,0 % sur un an, tandis que les ventes au détail d’avril ont reculé de 1,8 %, deux chiffres inférieurs aux prévisions et révélateurs d’un ralentissement. Avec une inflation et une activité qui montrent toutes deux des signes d’essoufflement, la banque centrale n’a aucun intérêt à relever le coût du crédit.
Pour les traders de taux, cela implique d’envisager de recevoir du taux fixe sur les swaps de taux d’intérêt en zloty polonais. Les prix de marché, qui pouvaient intégrer une faible probabilité de hausse de taux, devront désormais s’ajuster à la baisse. Cet ajustement rendrait la réception d’un taux fixe, indexé sur un taux flottant comme le WIBOR 3 mois, une stratégie potentiellement profitable à mesure que les anticipations se recalibrent.
Implications pour la devise et principaux risques
Du point de vue du change, une banque centrale en statu quo est moins attractive pour le zloty, surtout si d’autres banques centrales restent restrictives. Nous pouvons exprimer ce biais en achetant des options d’achat (calls) sur des paires comme EUR/PLN, qui gagneraient si le zloty se déprécie face à l’euro. En outre, la trajectoire de la NBP étant désormais plus prévisible, nous anticipons une baisse de la volatilité de change, ce qui en ferait un moment opportun pour vendre des options, comme des strangles, afin d’encaisser une prime.
Historiquement, la NBP a déjà connu de longues périodes de stabilité des taux, comme le maintien de son taux directeur à 1,50 % de 2015 à 2021 malgré divers changements conjoncturels. Ce précédent suggère que le seuil de déclenchement d’un nouveau cycle de hausse est très élevé, ce qui renforce notre scénario d’une banque centrale restant en retrait. Nous anticipons que ce régime de statu quo se prolongera bien au-delà de 2027.
Le principal risque pour cette stratégie demeure le choc pétrolier évoqué : une flambée soudaine des prix de l’énergie pourrait raviver l’inflation et contraindre les décideurs à reconsidérer leur position. Il faut surveiller les cours du Brent, qui sont récemment repassés au-dessus de 80 dollars le baril, car c’est le facteur principal susceptible de faire dérailler la dynamique désinflationniste actuelle. Cette pression externe reste la variable clé qui pourrait rapidement modifier le calcul de la NBP.