L’Inde a limité l’impact immédiat sur l’IPC (CPI) de la hausse des cours mondiaux du pétrole en plafonnant la répercussion sur les prix de vente au détail des carburants jusqu’à la mi-mai. Les prix de l’essence et du gazole ont été relevés à quatre reprises au cours des 10 derniers jours, mais l’essence n’affiche qu’une hausse d’environ 8 %, ce qui ramène le surcroît estimé d’inflation à court terme à près de 20 points de base et maintient, toutes choses égales par ailleurs, les effets à la pompe relativement contenus.
Les tensions en amont, en revanche, s’accélèrent. L’inflation de l’indice des prix de gros (WPI) a plus que doublé à 8,3 % en glissement annuel en avril 2026, contre 3,9 % en mars, tirée en grande partie par un bond de 25 % des prix des carburants et des métaux, tandis que l’inflation alimentaire se raffermit également à mesure que les prix mondiaux du riz augmentent et que l’inflation des huiles alimentaires reste élevée. Si les prix du pétrole demeurent hauts, ces coûts amont pourraient de plus en plus se transmettre à l’IPC, exerçant une pression haussière sur une prévision d’inflation 2026 de 4,4 %, les contraintes d’offre énergétique — en particulier sur le charbon — ajoutant un risque supplémentaire.
Décorrélation entre les signaux de l’IPC et du WPI : probable diffusion de l’inflation
Nous constatons qu’une décorrélation significative se met en place dans les données d’inflation indiennes, ce qui crée une opportunité claire. Alors que l’inflation des prix à la consommation (IPC/CPI) paraît faible, les prix de gros (WPI) ont bondi à 8,3 % sous l’effet de la hausse des coûts du pétrole et des métaux. Cet écart ne peut pas durer, et nous anticipons que la pression se répercutera prochainement sur les prix à la consommation à mesure que les subventions aux carburants seront réduites.
Implications de marché : taux, devise, actions et matières premières
Cela plaide pour une trajectoire de taux plus pentue que ce que le marché intègre actuellement. Il convient d’envisager un positionnement en faveur d’une Reserve Bank of India plus offensive, via des stratégies telles que payer le fixe sur des swaps OIS (Overnight Indexed Swaps) à 1 an. Le taux OIS a déjà progressé de 15 points de base ce mois-ci à 6,65 %, et nous estimons que le mouvement a encore une marge importante à mesure que l’ensemble du tableau inflationniste se matérialise.
Sur le marché des changes, cette situation devrait accroître la volatilité du couple USD/INR. Historiquement, les épisodes de surprises inflationnistes marquées ont entraîné un affaiblissement de la roupie, en dépit de potentielles hausses de taux. Nous pouvons tirer parti de cette turbulence attendue en achetant des straddles at-the-money sur USD/INR, qui bénéficieront d’un mouvement de prix important dans un sens comme dans l’autre.
Sur les marchés actions, la hausse des coûts des intrants et le relèvement des taux d’intérêt comprimeront les marges des entreprises. Un positionnement défensif apparaît dès lors prudent. Nous devrions envisager l’achat d’options de vente (puts) sur l’indice Nifty 50, en ciblant des secteurs comme l’automobile et les biens de consommation, les plus sensibles aux prix des matières premières et aux coûts de financement.
Le cœur du sujet vient des matières premières, et cette tendance semble appelée à se prolonger. Avec un Brent qui se maintient obstinément au-dessus de 95 dollars le baril et des prix alimentaires mondiaux qui montrent un regain de vigueur, une position longue sur les contrats à terme de matières premières offre une manière directe de jouer ce thème. Elle peut également constituer une couverture efficace pour d’autres positions du portefeuille.